Derrière ces chiffres encourageants se cachent des disparités territoriales préoccupantes qui nécessitent une réponse ciblée et équitable. Certaines régions du pays, notamment les zones rurales de la Casamance, du centre (Kaolack, Kaffrine) et du nord (Matam, Podor), présentent encore une prévalence élevée. Cette vulnérabilité s’explique notamment par un accès limité à l’information sanitaire, aux structures de diagnostic et aux soins spécialisés.
Ces disparités territoriales s’expliquent aussi par un obstacle économique majeur. Le test de détection de l’ADN viral – indispensable pour poser un diagnostic fiable et initier un traitement – coûte entre 75 000 et 100 000 FCFA. Un tarif hors de portée pour la majorité des malades, surtout dans les zones reculées.
En l’absence de ce test, les patients ne peuvent ni bénéficier d’un traitement approprié, ni être correctement suivis, exposant leur foie à des lésions irréversibles pouvant évoluer vers une cirrhose ou un cancer hépatique.
Face à cette situation, le Pr Aminata Sall Diallo plaide pour la création urgente d’un laboratoire national de référence en biologie moléculaire, capable de centraliser, fiabiliser et démocratiser l’accès aux tests de diagnostic de l’hépatite B et C.
« Nous avons les technologies, nous avons les compétences, mais le coût reste une barrière. Il est impératif de rendre les tests accessibles financièrement. Les malades sous traitement doivent être suivis au moins une fois par an. Or, actuellement, nous n’avons pas les moyens de le faire systématiquement », a-t-elle regretté.
La mise en place de ce laboratoire permettrait de suivre efficacement les malades, de prévenir les complications graves, et d’améliorer la qualité de la réponse nationale.
Le thème retenu cette année par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « Hépatite : faisons tomber les barrières », met en lumière la nécessité d’une action urgente pour surmonter les obstacles sociaux, économiques et systémiques qui freinent la prévention, le diagnostic et la prise en charge de cette maladie silencieuse mais redoutable, souvent responsable de cirrhoses et de cancers du foie.
Il convient de rappeler que des progrès indéniables ont été réalisés. La vaccination à la naissance a été intégrée dans le Programme élargi de vaccination (PEV), et des traitements antiviraux efficaces sont désormais disponibles sur le marché.
Selon l’OMS, l’élimination de l’hépatite virale en tant que menace pour la santé publique est possible d’ici 2030, à condition de garantir un accès équitable au diagnostic, à la prévention et aux traitements.
C’est dans cette dynamique, que 3CAP-Santé s’est engagé activement aux côtés des autorités sanitaires et des acteurs communautaires pour porter la voix des malades. Le Cadre, a organisé à Kaolack des journées de dépistage gratuit et de sensibilisation des acteurs communautaires.
